jeudi 10 octobre 2013

Jean Patou 2013, le retour de Chaldée.



Cela se confirme, il y a un dieu de l'amateur de senteurs. Et il réside en Chaldée. 
Le parfum le plus  lumineux, irradiant que je connaisse est de retour, un mythe pour les  férus de parfums solaires, traversés par l'été et le sable chaudDisparu depuis sa dernière édition sous la houlette magique de Jean Kerléo en 1984, le mythe renaît donc de ses cendres mordorées et est à nouveau disponible dans une nouvelle collection créée pour l'occasion. La Collection Héritage  regroupe pour l'instant trois fleurons de la marque : L'eau de Patou, Patou pour Homme et Chaldée. 
A la tête de l'orchestre moléculaire : Thomas fontaine, sur une partition d'Henry Alméras de 1927. 

L'histoire de Chaldée est celle d'un fantasme, celui d'une lointaine contrée  au bord de la mer rouge  abritant les cités de Babylone en plein désert frappé par le soleil et le vent, qui rencontre l'effervescence art déco, les architectures d'André Marre et les années folles, le jazz et la fête à plein temps.  
Ce fut d'abord une huile sur un accord  floral épicé avant de devenir un parfum. Patou le visionnaire imaginait les corps de femmes libérées et Henry Alméras le nez de la maison, leur offrait l'huile solaire. C'était avant, avant que le monoï et les senteurs synthétiques l'Oréal n'envahissent et ne polluent les plages. Quand on venait d'inventer le maillot  de bain et le bronzage après des siècles de teint blafard et laiteux. 

L'huile de Chaldée était une mixture épaisse et rouge, qui ne protégeait rien évidemment mais sentait divinement bon. Le salicylate de benzyle à l'odeur de fleurs chauffées au soleil, d'abord utilisé comme filtre sentait tellement bon en effet, qu'il entra rapidement dans la composition des parfums. Ainsi naquit Chaldée. 

Dense et intense, tassé par le temps, ramassé et cuit au soleil, il illumine son porteur en lui offrant grâce et volupté. Jacinthe, fleur d'oranger, œillet sur les bords et jasmin sur fond d'ambre musqué, cosmétique, mais sans gras, plutôt du côté baume charnel et fondant que de la vanille attrape mouche. La jolie verdeur du départ laisse place à un fleuri enivrant, une petite touche d'indole chatouille et titille la narine agréablement, nous rappelant que la peau nue et exposée au soleil dégage une odeur fleurie, épicée, douce et salée. On reconnait au fond cette sorte de Patounade, ce satiné si précieux qui transporte sur les plages des années 30, une poudre sèche comme un sable fin qui colle à l'épiderme. 

Le nouveau Chaldée 2013 est plus frais forcément, rafraîchi, lumineux toujours et aérien comme au premier jour. Un miracle vous dis-je.  
D'accord, cette  ré-édition n'a pas la note de fond animale d'arrière du genou qui colle, un mélange de vieux savon et de macérat musqué et ce n'est pas plus mal, l'érotisme vieille peau pouvant rebuter au 21ème siècle. 
Et oui, il y a peut-être aussi une note un peu "bac à glace" en tête qui surprend , mais trêve de chipotage !  Thomas Fontaine a fait un travail formidable avec les matières a sa disposition et les normes actuelles. 
Et c'est un bonheur de voir des marques comme Patou reprendre du poil de la bête et avoir l'intelligence de ne pas sortir un shampoing quand elle dispose d'un catalogue aussi prestigieux et mythique. Alors on ne boude pas son plaisir, on ne fait pas la moue, on sourit et on sent bon le sable chaud, Deauville en 36 et les promenades au bord de l'eau.   


C'est mon parfum des soirs d'été alanguis, quand la chaleur tombe et qu'une légère brise caresse la nuque, quand les cigales d'un coup s'arrêtent de chanter et que le calme de la nuit enveloppe le tout d'un voile mystérieux. L'heure des amants. 
L'été indien lui sied bien et l'automne lui va comme un gant, car toujours il rayonne et irradie, enivre comme une journée passée à rêvasser sur la plage,  grisé de liberté, celle des vacances seulement troublées par des éclats de rire. 



Photos : La première est volée à Ambre Gris, par pure jalousie pour son foulard je l'avoue. Sinon, j'ai le même flacon. Et la deuxième, la Collection Héritage. 

17 commentaires:

  1. Bonsoir Anatole,
    Quelle coïncidence, j'ai également écris un article sur Chaldée qui sera normalement bientôt publié sur auparfum et nous disons presque la même chose, c'est troublant. Je suis en accord avec vous sur toute la ligne. Cette réédition, malgré ses différences, ne trahit en rien l'esprit de la fragrance d'origine, et il faut vraiment s'en réjouir. Le fond de Chaldée m'évoque également le sable un peu sale collé sur une peau chauffée par le soleil, le soir au retour de la plage. L'actuelle version est plus verte, moins animalisée, moins poudrée aussi, mais au fil des heures les deux parfums se rejoignent vraiment je trouve. J'espère que nos lecteurs communs ne seront pas troublés par la proximité de nos avis. Yohan

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    1. Bonsoir Yohan. Les grands esprits.. c'est de circonstance dirait-on. Deux avis passionnés c'est souvent bon signe non?
      J'aime vraiment le fond de l'actuel, presqu'autant que mon vieux 84. En fait je dirais, l'actuel pour la journée et le soir, une surcouche du vieux beau.

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  2. J'ajouterais également que la version vintage de Chaldée en extrait possédait une forte note d’œillet qui était moins présente dans l'eau de toilette et qui a disparu ans l'eau de parfum actuelle.
    Yohan

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    1. Et je suis encore jaloux de ces extraits. Après Divine folie, Chaldée !
      Cette note d’œillet est un peu la marque de fabrique des anciens Patou non? Elle est plus ou moins présente souvent et je veux bien croire qu'elle le soit plus dans l'extrait ce qui doit lui donner du chien.
      Actuellement les restrictions nous ont mis à la diète, hélas.
      J'irais lire Auparfum avec grand plaisir bien sûr.

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  3. Que tout soit identique à l'ancienne, personne n'en rêve plus, je crois! Mais qu'une réédition ou une restauration respecte l'esprit et ne déparre pas le souvenir, c'est magnifique et ça nous aide à croire encore! Quelle bonne nouvelle que cet article!

    D'autant (petit reproche) que tu publies peu, beaucoup trop peu et que tu nous avais manqué... Certes, tu étais fort occupé, je sais bien, mais nous n'en étions pas moins frustrés! Double bonne nouvelle donc: une belle réédition et ton retours à la blogosphère!

    (En attendant de sentir une certaine Eau Scandaleuse!!!)

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    1. Je sais Dau... Et cet article je voulais l'écrire depuis déjà longtemps, mais le temps j'en ai peu.
      Mais je n'ai pas dit mon dernier mot, loin de là !
      Et bientôt cette certaine Eau oui...

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  4. En effet qu'une réédition respecte l'original sans simplement en usurper le nom est déjà un quasi exploit !

    Et là Chaldée a bel et bien gardé une jolie part de son héritage tout en soufflant avec plus de légèreté, de fraicheur... De vivacité ! Il est moins "engoncé" mais aussi moins alangui.
    Avec les trois versions anciennes (huile, edt, ext) j'aime cette molesse animale qui te propose des vacances torrides où tu ne fais rien, l'air pesant et electrique.
    Le coup de jeune me force à un peu trop de dynamisme et moins de galipettes, des promenades au bord de l'eau, pourquoi pas oui...
    En fait cette réedition me donne l'impression d'un flash back où l'on re-découvre mami pimpante lors de ces 20ans, et ça c'est beau!

    Mon seul bemol sur ce Chaldée là : un relent d'amande s'installe au fil de l'évolution, un truc encore vert, entre cosmétique et exotisme qui finalement donne un macaron perturbant, bien trop présent surtout... Hallucination histoire de raler???
    Mais promis je ne boude pas, je sauterai dessus une fois mon stock épuisé!!!

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    1. Plus de légèreté c'est ça. Et l'amande oui, je vois, un effet tonka qui ne me gène pas, le macaron n'est pas trop sucré. L'équilibre est vraiment beau, mémé à 20 ans elle était guillerette !

      Par contre hors de question que j'attende la fin de mon stock, je veux tout !

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  5. Galbatole porteur de bonnes nouvelles !
    Grâce à toi je suis re-amoureuse de Mitsouko !

    Je n'ai pas encore senti le Chaldée nouveau mais son retour me réjouit ;
    je suis plus que pourvue de ce côté-là (j'ai le même que sur la photo avec le foulard et aussi l'huile "or rouge" un vieux flacon ( 1990 ) et un plus récent mais tout aussi scotchant, et des décants divers.
    Tu en parles merveilleusement bien .
    je t'embrasse
    Olympia

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    1. Merci Olympia, alors si en plus je te fais retomber amoureuse, c'est double plaisir !

      Question foulard j'ai mon Que sais-je? pour l'automne, c'est chic ! Et j'ai vu récemment que la maison en avait ressorti un. A porter avec Chaldée en octobre provençal ?

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  6. Si le staff de chez Jean Patou pouvait m'entendre (me lire) : pourriez vous ressortir "Vacances"..... J'ai tellement de souvenirs avec cette fragrance poudrée.
    Merci M. Cadbury...heu ! M. Jean Patou !

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    1. Oh oui, Vacances s'il vous plait !
      Je signe tout de suite. Et Divine folie aussi. Et Que sais-je? et..
      Souhaitons que ces ré éditions aient du succès pour que reviennent les autres.

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  7. Ah, petite remarque, c'est Henri Alméras et pas André ;)
    Yohan

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    1. Oh la grosse bourde. Je corrige immédiatement.

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  8. Ah, Caldée... Un vrai coup de foudre.

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  9. bonjour, Il n'y a t'il vraiment plus moyen de se procurer de l'huile de chaldee pour le corprs , en or ou rouge ou du moins avoir la composition pour pouvoir la fabriquer soi meme??

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